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Une date à retenir : 2040. Potentiellement, c’est l’année ou les infrastructures des grands acteurs du marché s’engagent à atteindre un 0 carbone. Le GAFAM se sont engagés dans des plans stratégiques pour atteindre ce niveau.

 

Cependant, on est encore loin du compte et les 10 prochaines années vont être décisives pour arriver à cet objectif ambitieux. A l’heure où le rapport du GIEC a permis de dresser un tableau des plus alarmants concernant le climat, le secteur des nouvelles technologies est l’un des secteurs ciblés pour ses émissions énergétiques importantes. Selon les estimations de The Shift Project, les émissions liées à la technologie seraient de l’ordre de 3% des émissions mondiales et tendraient à augmenter de 6 % par an. Ce chiffre ne devrait qu’augmenter car les services Cloud sont de plus en plus utilisés.

 

On en vient à se poser la question de savoir si la sobriété numérique est au cœur des stratégies des entreprises dans le web et notamment dans le secteur informatique ou les data centers sont un des vecteurs importants de pollution.

Le monde de la donnée est très énergivore

Reprenons la définition d’un data center. De manière très simple, c’est un grand bâtiment ou il y a pleins de serveurs. Dans un sens plus large, le cloud c’est finalement une concentration de serveurs dans un seul et même bâtiment qui sont optimisés pour réduire la perte énergétique en termes d’utilisation grâce la mutualisation des services. Malgré cette optimisation, il y a quand même 4% à 5% de la consommation mondiale d’énergie qui est destinée aux data centers.

Et un data center vert c’est quoi ? Pour Yves le Gélard, Directeur Général Adjoint en charge du Digital et des Systèmes d’information, les différentes étapes de la solution sont de concevoir un data center le plus frugal possible, approvisionner le data center en énergie verte et récupérer ce qui sort du data center pour ne rien perdre.

Pour ce faire, les acteurs du marché, et notamment les hyperscalers, sont en recherche constante de solutions pour une économie plus verte. En voici quelques exemples :

  • Mettre en place l’hydrogène pour remplacer les groupes électrogènes. Cet équipement aura lui aussi une origine de production renouvelable ;
  • Avoir recours à une solution de refroidissement type « River Cooling », qui est une technologie environnementale innovante de type free cooling à eau. Elle permet de réaliser un échange de calories avec l'eau d'une ancienne installation industrielle afin de rafraîchir les data centers ;
  • Assurer la continuité de l'alimentation lorsqu'il n'y a pas de vent ni de soleil comme les batteries ou encore l'hydrogène ;
  • Mettre en place un algorithme qui attribue la charge de travail aux différents data centers à travers le monde. En fonction des données précises sur la météo et les taux d'électricité décarbonée dans les réseaux, l’objectif est de moduler la charge et les opérations de calculs informatiques dans des data centers ;
  • Avoir comme principale métrique de son data center le PUE (Power Usage Effectiveness). Si l’on en reprend la définition de Vinci Facilities, c’est le rapport entre l’énergie totale consommée par le data center (informatique, ventilation, refroidissement, éclairage) et l’énergie totale consommée par l’informatique et les équipements réseaux. Plus le résultat est proche de 1, plus le data center sera performant énergétiquement.

Oui, le Green IT est au cœur des stratégies des hyperscalers

La taille du marché mondial des data centers écologiques devrait atteindre 142,8 milliards de dollars d'ici 2026, avec une croissance du marché de 19,7 % du taux de croissance annuel composé (TCAC) au cours de la période prévue. C'est ce qui ressort d'un nouveau rapport de ResearchAndMarkets.com.

C’est l’un des marchés les plus porteurs pour demain et les entreprises ont intérêt à utiliser des énergies plus vertes. Comme le confirme M. David Mytton, chercheur en informatique durable : "En fin de compte, les énergies renouvelables sont beaucoup moins chères, et comme l'électricité est le principal coût du centre de données, il peut être beaucoup moins cher [pour une entreprise] d'investir dans l'énergie solaire et éolienne".

Si on s’intéresse de plus près au marché, la forte demande de gestion du stockage des données, le coût croissant de l'énergie et la consommation massive d'électricité sont quelques-uns des catalyseurs de la croissance du marché. Inversement, certains des obstacles à la croissance du marché sont la faible sensibilisation aux avantages d'un data center vert, le coût initial massif et le manque de flexibilité du data center actuel. Les data centers à haut rendement énergétique permettent de réduire le coût d'exploitation d'un data center et la consommation d'énergie pour alimenter l'installation et l'infrastructure.

Voici un état des lieux des initiatives prises par les grands acteurs du marché :

  • Google : la prise de conscience environnementale a été validée en 2007 par l’achat de certifications. En 2012, ils ont souhaité faire du 100% renouvelable c’est-à-dire d’acheter autant que d’électricité renouvelable que ce qui a été consommé. En 2021, Google parle de 0 carbone pour 2030, c’est-à-dire qu’en 24/7, l’entreprise doit pouvoir identifier des énergies totalement décarbonées c’est-à-dire acheter de l’énergie verte en continu
  • Microsoft s'est engagé à être "carbone négatif" d'ici 2030, ce qui signifie qu'il retirera de l'atmosphère plus de dioxyde de carbone qu'il n'en émettra.
  • Amazon vise à atteindre le niveau "net zéro" d'ici 2040, en achetant davantage d'énergie propre, en investissant dans des véhicules électriques et en achetant des "compensations" ou des crédits de carbone pour compenser les émissions restantes.
  • Equinix investit 3,7 milliards de dollars pour devenir neutre en carbone, une 1ère dans l’industrie

 

Certes, on est encore loin du compte. Et comme le montre une étude réalisée en 2020 par des chercheurs de l'Université McMaser en Ontario, le secteur des technologies de l'information et des communications représentera près de 14 % de l'empreinte carbone mondiale d'ici 2040 si les initiatives ne sont pas tenues.

Mais bonne nouvelle, une étude réalisée en février 2021 par IDC a révélé par exemple, que le cloud computingpourrait empêcher près d'un milliard de tonnes métriques d'émissions de dioxyde de carbone entre 2021 et 2024 en déplaçant les charges de travail vers des endroits dans le monde entier, permettant l'utilisation de ressources renouvelables telles que l'énergie solaire et l’éolienne.” Cependant, l’utilisation croissante du cloud est en permanence dépassée par l’effet rebond. C’est-à-dire qu’il crée de nouveaux besoins qui sont tels que les technologies utilisées ne permettent plus de compenser ses effets écologiques. Il faudra donc constamment veiller à mesurer et limiter l’impact sur l’environnement si on voit apparaître des multiplications dans les calculs !