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4 août 2022

Ce n’est un secret pour personne, les data centers (même quand ils sont verts) ont besoin de beaucoup d’énergie pour fonctionner. Et le cloud, qu’est-ce que c’est ? Des data centers. Pour une entreprise qui souhaite construire une infrastructure résiliente et scalable, difficile aujourd’hui de faire l’impasse sur le cloud. Alors, comment faire si je veux choisir le meilleur cloud provider pour mon entreprise, tout en tenant mes engagement éco-responsables ?

 

Une réponse tranchée n’existe probablement pas car le choix d’un cloud provider dépend de nombreux critères, mais vous trouverez dans cet article des pistes de réflexion pour évaluer l’empreinte carbone de votre infrastructure existante ou future.

Comment évaluer l’impact environnemental d’un cloud provider ?

Le Saint-Graal des départements RSE des entreprises tient en deux mots : neutralité carbone. Mais que met-on vraiment derrière cette notion ? Beaucoup de choses en réalité.

Cela peut se manifester par l’achat de crédits carbone pour compenser ses émissions, par l’investissement dans des sources d’énergies renouvelables (mais sans que celles-ci alimentent directement les data centers), et enfin par la réduction de son propre impact environnemental.

Cela correspond aux trois piliers proposés par la Net Zero Initiative pour avoir un impact réel sur le changement climatique, même si en pratique ces piliers ne sont pas encore bien connus.

pilliers_net_zero_initiative

Schéma : Carbone4

Pour cet article, partons du principe qu’un cloud provider éco-responsable = un cloud provider qui réduit ses émissions carbone, car les meilleures émissions carbone sont celles qu’on ne produit pas.

Les émissions le long de la chaîne de valeur

Chez un cloud provider, le chemin des émissions carbone entre la source d’énergie et votre merge request tient en un schéma :

chemin_emission_carbone

Un scope d’émissions, qu’est-ce que c’est ? C’est une segmentation des émissions carbones définie par le Greenhouse Gas Protocol, protocole qui a pour but de proposer une mesure unique de calcul des émissions des entreprises à l’échelle mondiale.

Par exemple, voici ce que Padok pourrait produire :

  • Scope 1 : émissions produites par la consommation directe d’énergie = notre poêle à fioul et nos nombreuses voitures de fonction (non)
  • Scope 2 : émissions liées à notre consommation électrique, qui alimente nos ordinateurs utilisés pour construire vos plus belles infrastructures
  • Scope 3 : la partie immergée de l’iceberg, tout le reste. Les matériaux utilisés pour construire nos ordinateurs, l’impact carbone qu’auront les infrastructures que l’on implémente chez nos clients, le chauffage de nos bureaux…

Spoiler alert : peu d’entreprises incluent le scope 3 lorsqu’elle mentionnent leur impact environnemental, et il est très difficile d’obtenir de la transparence à ce sujet. Alors, en tant que client d’un cloud provider, qu’est-ce que je peux regarder ?

Au regard de la difficulté d’obtenir des informations sur le scope 3 d’émissions, c’est surtout le scope 2 que l’on va prendre en compte, à savoir la consommation d’énergie. Deux informations nous intéressent donc particulièrement au sein de la chaine de valeur ci-dessus :

  • La source : d’où provient l’énergie utilisée par le data center ?
  • L’utilisation : cette énergie est-elle bien optimisée au sein du data center ?

Les sources d’approvisionnement en énergie

J’ai récemment déménagé, et par conscience écolo j’ai fait le choix d’un fournisseur “d’électricité verte”. Tout comme mon 20m2 est sûrement alimenté par un circuit d’électricité français, les data centers qu’utilisent les différents cloud providers sont alimentés par les circuits des régions où ils sont installés.

Ils sont de fait dépendants du mix énergétique de la région en question. Un tour rapide sur electricity map vous donnera l’intensité carbone de chaque pays : aujourd’hui, il est plus éco-responsable d’héberger nos données en France, profitons-en ! 🐓

Une autre façon pour les cloud providers pour être sûrs d’utiliser de l’électricité d’origine renouvelable est d’avoir recours à la vente directe d’électricité (ou PPA, Power Purchase Agreement). Lorsque ces accords sont signés sur le long terme (plusieurs dizaines d’années), ils encouragent la construction d’équipements de production d’énergie renouvelable, ce qui peut améliorer le mix énergétique de toute une région.

Cependant, il est aujourd’hui quasiment impossible de s’alimenter 24h/24 avec des énergie renouvelables (oui oui, même quand on communique dessus), et les PPA signés par les cloud providers sont sujets à débat.

L’efficacité énergétique des data-centers

Un data-center éco-responsable (oxymore ?) est un data center qui émet peu d’émissions de gaz à effet de serre, et donc qui utilise son énergie de la meilleure façon possible. La mesure communément utilisée pour déterminer l’impact énergétique des data-centers, est le PUE, Power Usage Effectiveness.

Le PUE, quésaco ? C’est une mesure d’abord définie par Google, avant d’être reprise et démocratisée par Green Grid en 2018, et bientôt reprise par la plupart des cloud providers pour évaluer et communiquer sur leur consommation électrique.

Il s’agit de l’énergie totale utilisée par un datacenter (y compris le refroidissement des serveurs par exemple), divisée par l’énergie utilisée effectivement par les serveurs lorsqu’ils répondent aux requêtes des utilisateurs des cloud providers. Le score parfait est de 1, sachant que la valeur moyenne en 2021 était de 1,57 (selon l’Uptime Institute), contre 2,5 en 2007 (on progresse).

Certains cloud providers comme Scaleway offrent même un PUE en temps réel !

Comparatifs chez les hyperscalers

Comme ne l’indique pas le titre, il n’est pas possible aujourd’hui de comparer les cloud providers pour savoir lequel est le plus éco-responsable. En effet, ils ne mesurent pas la même chose. Selon les données fournies, certains scopes d’émissions ne sont pas pris en compte dans le calcul de leur impact environnemental. Il est donc difficile d’interpréter les données et de prendre des actions en conséquence.

On peut néanmoins se renseigner sur les actions positives et les points d’amélioration des 3 cloud providers les plus utilisés.

Azure

Le cloud provider de Microsoft est celui qui pousse le calcul de ses émissions le plus loin car il intègre le scope 3, qui correspond globalement à toute la chaîne entre l’approvisionnement en énergie jusqu’à cette requête qui mettra 42 minutes à aboutir. Le PUE de leurs data-centers est lui aussi très bon, à 1.185 pour les data-centers de la zone EMAA. Cependant, il n’y a aujourd’hui pas d’informations disponibles sur le PUE de chaque data-center.

En 2020, ils ont également annoncé l’objectif d’utiliser 100% d’énergie renouvelables pour leurs centres de données d’ici 2025, mais à ce jour il est difficile d’estimer leur avancement sur le sujet.

AWS

Le leader du marché du cloud avait lui aussi promis que ses data centers seraient bientôt alimentés uniquement avec de l’énergie provenant de sources renouvelables. S’engageant à atteindre les objectifs des accords de Paris 10 ans avant la date fixée via The Climate Pledge, la société mère également investi massivement dans les énergies vertes.

Cependant, leurs calculs de leur impact environnemental ne prennent pas en compte le scope 3 d’émissions carbone, et il est difficile de trouver des informations sur le PUE de leurs data-centers. Question transparence, on reviendra, mais AWS en est conscient et compte bien rattraper ses concurrents sur la course au green IT.

GCP

En ce qui concerne la transparence, GCP est sûrement le meilleur élève parmi les cloud providers. Lorsque l’on se balade sur les pages dédiées, la plupart des chiffres avancés détaillent la façon dont ils ont été calculés. Les usagers ont également accès au détail des data centers afin de savoir lesquels sont labellisés bas carbone.

Le PUE moyen est très bon, autour de 1,1, et la solution GCP propose également des outils pour évaluer les émissions de carbone liées à l’utilisation du cloud. Cependant, le cloud provider d’Alphabet n’intègre pas non plus le scope 3 à ses calculs, et leur définition du bas carbone est discutable.

Et même si la RSE représente un axe prioritaire de votre stratégie, il ne faut pas oublier que les différents cloud providers s’adressent également à des besoins différents : n’hésitez pas à demander conseil à nos super équipes !

Conclusion

De nombreuses bonnes initiatives ont été prises par les trois grands cloud providers. Mais même avec les meilleures intentions du monde, il est nécessaire de s’accorder sur une méthodologie commune, notamment pour être capables de comparer ce qui est comparable afin d’avoir un impact à l’échelle mondiale.

Il est également bon de rappeler que même en choisissant le cloud provider le plus green du marché, la solution la plus éco-responsable reste toujours la même : la sobriété ! Gare à l’effet rebond induit par le passage au cloud…

Si le sujet vous a intéressé, que vous avez appris quelque chose ou au contraire que vous pensez que l’on a tout faux, n’hésitez pas à réagir et à nous partager vos ressources sur le sujet !